Dans dix jours débute la grande messe électronique marseillaise. Et cette année, votre dévoué serviteur a son pass média pour les trois soirs de Marsatac. Au programme, des photos, des interviews et des bonnes vibes sonores. Alors si on se croise au J4, faites moi un petit signe...
Tout d'abord commencer avec cette ville qui, malgré une grève des transports en commun, est sublime avec ses rues piétonnes propres, ses habitants agréables et tout cela avec des transports inexistants... Ça laisse songeur sur le fait que Marseille soit en compétition avec Lyon, Bordeaux et Toulouse pour être la référence culturelle de l'Europe en 2013... Coldplay jouait donc le soir même à la Halle Tony Garnier. Un endroit fermé dont la profondeur effraie lorsque l'on s'engouffre dans l'enceinte. Les gradins et la scène sont aussi distant que le plus haut fauteuil se trouvant au virage sud et son alter égo du virage nord. Les virages étant la norme marseillaise de mesure (attention, je risque d'être déplaisant). Une fois assis, je constate qu'une avancée a été placé à deux mètres de ma position. Une estrade où sont posés deux micros, 3 boites de directs pour brancher tout genre d'instruments. Coldplay ferait une échappée de l'énorme scène que ça ne m'étonnerait pas... Mais laissons les fantasmes faire leurs boulots dans ma petite tête. Après une première partie au son catastrophique et durant laquelle le guitariste des Strokes nous a présenté son dernier opus que je n'achèterai pas, le calme revient avec une bande son que Brian Eno aurait pu signer. Une trentaine de minutes de zenitude ambient. Cette bande son idéale pour un changement de plateau long est suivie par un titre de Snoop Dog ... Puis par une valse de Strauss. On sent la pointe d'humour toute anglaise de Coldplay. Le noir se fait et retentit "Life In Technicolor", le public se lève, tape des mains et à l'entrée de la batterie, la lumière explose littéralement. Le groupe prend un sacré plaisir à enchainer les titres. Souvent ils se resserrent, s'amusent à se retrouver à trois autour du batteur. Une vision qu'ils ne nous avaient pas offerte au cours de la précédente tournée. Des supposées tensions avaient même créé un buzz de split du fait que chacun des musiciens restaient à leur place sans même un regard aux autres membres du groupe. Cette ambiance est nettement plus chaleureuse. Les musiciens prennent un réel plaisir. Chris Martin joue moins des claviers,et confirme sa position de front man. Après une heure de concert, et un "Viva La Vida" dont le public hurle le gimmick final à faire résonner tout Lyon, les musiciens se délestent de leurs instruments et tapent un sprint. Ils traversent la longue Halle pour atterrir à deux mètres de moi pour un petit moment acoustique... le rêve !!!
Un "Scientist" acoustique, guitare, tambourin et harmonica à la limite de l'improvisation, un regard échangé avec deux des membres du groupe et retour sur le vaisseau révolutionnaire des anglais pour un final qui enchaine les tubes et un lachage de confettis en forme de papillons. Un rappel avec un "Yellow" sans ballon jaune. Voilà que résonne la fin de "Death And All His Friends" avec ce gimmick répétitif. La salle s'allume nous demandant de regagner l'extérieur et la pluie battante qui semble, avec ses coups de tonnerre, applaudir la prestation rageuse du groupe. Pour saisir l'ambiance, voici un cour extrait d'un début de concert.
C'est aujourd'hui que je prends le train direction Lyon pour retrouver Chris Martin et sa bande en concert. Le compte rendu du concert de Coldpay dans quelques heures. Viva La Vida, Musicalement...
Pour la première fois en trois ans, ma rentrée fut une douce sucrerie à déguster. Il est vrai que j’avais laissé l’endroit en de bonnes mains et que les quatre mois de grands travaux avaient porté leurs fruits. La rentrée s’annonceait donc des plus propices et des plus sereines. Je me disais donc que j’aurais du temps pour me replonger dans mes chroniques musicales. Pourtant, il n’en fut rien. Le temps fila tel un papillon de lumière fleuretant avec le soleil. Je m’excuse donc auprès des fidèles lecteurs de Muzik In Mars. Les choses reprenant leur rythme de croisières, je m’apperçois qu’il est grand temps de vous faire part des découvertes, des coups de cœur et des histoires que je croise durant ces journées à vous proposer des écoutes de qualité. Je commencerai par l’histoire de ce collectionneur américain qui décida de vendre sa mine de musique sur Ebay. L’homme s’est autoproclamé le plus grand collectioneur de musique au monde. Il possède plus d’un million de disques dont 300.000 CD. Sa femme agacée par ces galettes qui envahissaient leur habitation lui fit comprendre que c’était elle ou ses disques. L’homme ouvrit donc un magasin de disque et décida de préserver un exemplaire de chaque album pour constituer une sorte de médiathéque. Le projet fonctionna jusqu’au jour où pour des problèmes de santé, il se trouva dans l’obligation de fermer boutique. Pour payer ses soins, il décida de mettre en vente l’intégralité de sa collection sur Ebay. Un choix à contre-cœur pour cet homme qui se définit comme l’antinumérique. Son discours est le suivant, lorsqu’une personne achète un disque, elle achéte non seulement la musique, mais aussi tout l’univers qui l’entoure, de la pochette, aux informations qui ont été données sur la fabrication de l’album. Elle achète aussi le moment où le disquaire lui a vendu cette galette, le conseil qui l’a guidé jusqu’à ce son. Le virtuel ne propose que le son, et ce son manque cruellement de contact humain. Pourtant la musique est le langage universel entre les hommes. Étrange époque ou cette musique devient une sorte de plaisir solitaire non partagé et parfois illégal… J’enchainerai avec ce documentaire diffusé sur Arte qui m’a particulièrement touché. Daniel Barenboim est un chef d’orchestre, pianiste reconnu internationalement. Il a la double nationalité israélienne et palestinienne. Avec son meilleur ami, un musicien palestinien, ils créèrent un orchestre symphonique dont les musiciens habitent tout le Proche Orient. Ainsi se croisent des musiciens palestiniens, libanais, jordaniens, syriens et israéliens. Tous sont là pour parler le même langage, la musique. Tous sont là pour apprendre ce que le maître Barenboim a de plus important à donner, le plaisir et le partage de ce langage qui met tout le monde au diapason, la musique. Implicitement, tous se côtoient, s’entraident dans leur pratique de l’instrument. Des liens sont créés, et ces musiciens apprennent à se connaitre, discutent, se racontent leurs vies, leurs joies, leurs blessures et leurs espoirs. Tous se rendent compte qu’il est facile de dialoguer lorsque le langage est le même. Ces musiciens joueront dans le monde entier. Le documentaire montrera le concert ultime de ces hommes et femmes passionnés de musique qui dépasseront leurs peurs, leurs ignorances pour être dirigé par cet homme à Ramalah. Un hommage de Barenboim à son ami décédé six moius plus tôt. Deux histoires de passion pour reprendre le fil de ce site. Deux bouts de vie pour nous rappeler que la musique est un art compréhensible de tous à partir du moment où l’on décide de s’ouvrir au monde et de laisser nos oreilles aux aguets de la moindre expérience musicale.
Isaac Hayes, chef de fil de la soul revendicative est mort ce dimanche dans sa résidence à Memphis. Il fut le second élan du label STAX avec son adhésion à un discours politique que prônaient les Blacks Panthers au milieu des années 70.
Dans notre succes-story des artistes maudits qui n'ont pas une discographie démesurée, je vous propose l'anglais Bill Fay. Un peu plus chanceux que Jackson C Franck, ce songwritter a produit deux albums entre la fin des années 60 et le début des années 70. "Time Of The Last Persecution" est le deuxième, et donc dernier, opus de l'artiste. Une œuvre sombre avec peu d'arrangements, laissant place à l'expression des angoisses existentielles qui habitent alors le musicien. Car en deux albums, Bill Fay a fait le tour de son horizon fait d'espoir souhaité et de blessures bien présentes. Sa voix, proche du gouffre, renforce cette sensation de vivre dans une angoisse perpétuelle. Ainsi, l'auteur flirte avec le Christ dans "Till the Christ Come Back", se blessera en tombant sur Adolf avec "Pictures Of Adolpf Again". Mais la beauté des titres provient essentiellement du fait que dès la première écoute, l'envoutement se produit. Tel un talisman sonore invisible et indestructible, un sortilège attractif par ses mélodies mais tellement déprimant par les textes. La pochette n'arrangeant rien, je décide donc de m'enfouir dans un bain de lumière tamisée et de me laisser porter par ces quatorze plages qui s'enchainent sans que l'on n'y prête attention. Une ambivalence habite donc cette œuvre majeure qui ouvre la porte aux œuvres solitaires. Pour exemple, ce "Come A Day" où les instruments ne savent plus où donner de la tête sur ce rail d'arpèges joués par un piano imperturbable. Là encore la comparaison excessive avec Bob Dylan sera de rigueur chez les critiques de l'époque qui passeront à côté du message obscur et profondément dépressif du compositeur. A noter que certains artistes actuels tentent de rendre à l'œuvre de Fay, la reconnaissance qu'elle mérite. Ainsi Wilco invita, sur scène, Bill Fay pour une des compositions de l'homme cité en inspiration par le groupe qui vogue, aujourd'hui de festival en festival.
Peu commune l'histoire de cet homme, qui dès son enfance a connu l'enfer semé de moments miraculeux. Ou comprendre d'où vient cet ovni musical qui en un album enregistré en trois heures et produit par Paul Simon en 1965 a permis de dévoiler ce qui allait devenir la vague folk des années 70... C'est que ce musicien a connu l'horreur de voir ses camarades périr dans un incendie dans sa classe de musique alors qu'il n'avait que six ans. Hospitalisé pendant plus de six mois, on lui offrit sa première guitare. Rapidement, il apprendra à maitriser l'instrument. A l’age de treize ans sa mère l’emmène à Graceland avec l'idée de lui faire rencontrer Elvis Presley. Miracle, la rencontre a lieu. Le King serre la main du jeune garçon et l’invite dans sa propriété. Pour Jackson c’est une révélation comme s’il rencontrait le messie. Il décide d'être musicien ce jour là. Un miracle n'arrivant jamais seul, c'est à seize ans qu'il apprend que 1000.000 $ de dommages-intérêts lui ont été versé sur son compte, suite à l’incendie de sa classe. Après un passage au Canada, il décide de traverser l'océan pour se rendre à Londres. Très vite il tombe sur le bouillonnant torrent musical anglais. Durant cette période, il écrit ce qui sera son premier opus. Un soir, il fait écouter sa musique à Paul Simon qui reste médusé par le talent du songwritter. Il pressent le nouveau Bob Dylan et décide de bloquer les studios CBS pour produire ce qui sera l'unique album de Jackson C Franck. Le musicien est extrêmement timide et demande à placer des écrans pour qu'il se dissimule pendant ses prises de voix. L'album sort mais ne rencontre pas le succès commercial escompté. Jackson a claqué la grande partie de son pécule en achetant des voitures. Le vide, la dépression seront au rendez-vous. Il rentre aux États Unis sans un sous, sans plus aucune inspiration pour un second volume de moins en moins hypothétique. Il sera retrouvé SDF quelques années plus tard. Entre temps, il aura perdu un œil suite à une agression par balle. Il décèdera en 1999, muni de sa guitare qu'il s'était offert dans sa jeunesse... Cette tragique histoire, on peut en sentir la fragilité, le côté touchant dans ce premier et unique album. Une voix avec peu de puissance, celle d'un blanc chantant un blues de noir d'une manière tout à fait nouvelle, qui laisse l'auditeur dans une béatitude, touché par la beauté des titres.
Nombreuses sont les chroniques de "Soft Power" qui associent le travail de Gonzales à un contre pied face aux attentes d'un public avide de surprises. Certains s'amusent à le singer en clown, celui qui exagèrerait ses défauts pour rendre sa musique au précipice du kitch, sans jamais y tomber. Ce que je ressens à l'écoute de ce chef d'œuvre musical est pourtant éloigné de toutes ces faciles interprétations. Car, certes l'artiste bénéficie d'un budget pharaonique, certes ses guests incarnent la hype-attitude dont lui-même en est l'un des principaux gourous. Mais sa musique est authentique, elle n'a pas la volonté du décalage pour le décalage. Et si Gonzales propose des titres que l'on associerait à une époque désuée et volontairement reproduite à l'identique ("Lest' Ride" est un fabuleux hommage à cette époque révolue), c'est certainement que le musicien voue à ce son une certaine mélancolie, voir une admiration démesurée... Pour preuve cette liste des gagnants des Grammy Awards de l'an 1978 qui trône en première page du livret. Gonzales ne se singe donc pas, et pour détruire cette théorie, il suffit de lire les textes qui habitent les musiques. Non, ce musicien aime cette musique, ce son surproduit et qui, accolé à une naïveté toute juvénile rend l'opus touchant. On pourrait le voir portant le masque de la prétention, mais ce serait, une fois de plus, une erreur. Car l'homme en entrant dans son projet musical n'a de choix que de se fondre dedans et de n'en sortir que lorsqu'il passera au suivant. il est maitre à bord comme Napoléon, dont il porte l'uniforme. Il est le capitaine du navire qui vogue et, ce malgré les vagues et leurs remouds.
Le "Soft Power" c'est tout ça et en mode disco, c'est encore mieux...
En quatre opus sortis entre 1969 et 1974, ce musicien de talent, poly-instrumentiste, guitariste pour géant en herbe (il assure les grattes sur le "Hot Rats" de Frank Zappa), Shuggie Otis s'est fait une réputation de visionnaire de la musique. Souvent comparé à Jimi Hendrix, il a su se démarquer de ces références par ses créations qui oscillent entre le format instrumental avec un penchant pour des alternances d'instruments, et un format pop avec des parties chantées. En mélangeant le blues, à la soul, en fricotant avec les premières boîtes à rythmes, il invente les premières plages musicales qui seront les racines de l'électro. Visionnaire par ses tentatives et les chemins de travers qu'il empreinte avec une grande maitrise du xylophone et de la batterie. Mais pour tout amateur de musique, Shuggie Otis est connu pour le titre qui a tourné en boucle sur pas mal de juke box, "Strawberry Letter 23". Un artiste inclassable qui a acquis le respect des bluesmen et a surfé sur les vagues psyché avec des plages Wahwahesque comme le très psyché "Ice Cold Daydream" qui ouvre l'un de ses deux masterpeace, "Freedom Light". Un opus dont le naim pourpre de Minéapolis a du analyser la moindre note pour en décrypter les atmosphères sonores. Car Prince, c'est de lui dont il s'agit, a largement suivi les traces de ce prodige qui après "Inspiration Information" ne donnera plus suite musicale à sa carrière si brillamment commencée. Mais nous reverrons cela lors d'un prochain post dédié à son deuxième chef d'œuvre. Shuggie Otis : Ice Cold Daydream
Quel étrange parcours que celui de Mark Ramos-Nishita. Ancien clavier du très lucratif Beasty Boys. ce musicien hors norme décide dans les années 90 de quitter le groupe en pleine réussite commerciale pour se consacrer à son projet musical personnel qu'il baptise Money Mark. Trois albums plus tard signé chez Mo Wax, le constat financier est loin d'être à la hauteur du nom du projet. Il a pourtant réussi l'essentiel, son projet musical. En alliant ses influences en apparence si opposées, le folk, la soul, la pop et le hip-hop avec un tantinet d'électro. Et puis une silence de six ans, une respiration, un manque d'inspiration ? Non, une séparation avec sa petite amie qui l'emmène dans un territoire qui fait frémir tout artiste par définition ultra sensible, le blues de la rupture. C'est dans cet état d'esprit qu'il enregistre entre Rio de Janeiro, Los Angeles et New York son premier opus signé chez Brushfire Records (le label de Jack Johnson). Un album qui se situe dans la veine soul folk assez proche du géant méconnu, Shuggie Otis. Avec Clavinette, Fender Rhodes et Harmonica, Money Mark ne ramassera pas la fortune, mais, une fois de plus, aura la reconnaissance des mélomanes. Un album racontant une séparation sur un ton plaintif, mais pas trop, avec des petites histoires persos sans être pleurnichardes. Un album que l'on peut écouter en pleine séance de bronzage sans avoir la larme qui coule, pari gagné... A très vite pour une nouvelle surprise, pourquoi pas un mariage, ou la naissance d'une progéniture racontée sur fond d'électro déjantée avec kazoo et banjo ?
Petit détail, le musicien, ébéniste de formation nous a concocté une pochette avec une ne radio taillée dans le bois à tomber...